#20 La Présidente

Coucou les livrovores ! 

Août avait commencé sous de bons auspices, et puis… patatra, ça n’a duré qu’une semaine. Moi qui pensais pouvoir rattraper presque tout mon retard pendant mes congés… Enfin bref, je suis désormais installée dans ma maison, avec encore pas mal de choses à faire mais j’espère trouver un rythme qui me permette de relire un livre par semaine… Un peu de sérieux que diable ! Voici mon bilan #20 (on va arrêter de parler de semaine hein…) : bonne lecture ! 🙂

 

 

 

presidente-9782352044628_0

L’histoire / Que dit la 4e ?

Et si le 7 mai 2017, d’une poignée de voix, Marine Le Pen était élue Présidente de la République ?
L’universitaire et historien François Durpaire et le dessinateur Farid Boudjellal racontent l’onde de choc qui suivrait en France et en Europe.
Aidés d’une équipe d’experts, ils nous font assister à l’inimaginable : l’intronisation de Marine Le Pen, la composition d’un nouveau gouvernement, l’application minutieuse et à marche forcée du programme du Front National.
Née de la guerre d’Algérie, la Ve République donne au Chef de l’État les pouvoirs les plus étendus de toutes les démocraties du monde. Comment Marine Le Pen pourrait-elle en profiter ? Quels contre-pouvoirs pourraient s’y opposer en France et en Europe ?
La Présidente raconte cette histoire-là.
Un album glaçant, d’un réalisme implacable.
Maintenant vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas…

 

Ce que j’en pense 

 

Ça faisait un petit moment que je voulais lire cette BD. L’occasion s’est présentée parce que j’en ai parlé avec une collègue qui l’avait en sa possession – merci Fanette ! Et puis, la BD, c’était aussi un moyen de me remettre sur les rails pour la lecture : en ce moment et depuis plusieurs semaines, c’est vrai que je n’arrive plus à lire. Quand je rentre le soir, même quand j’ai un peu de temps, je n’arrive pas à m’y mettre. Déménagement, sport, boulot… nouveau départ, oui, mais j’espère ne pas avoir loupé le wagon lecture !

Revenons-en donc à la BD La présidente de François Durpaire et Farid Boudjellal, sortie en 2015 et qui a eu son petit succès. Dans un climat aussi tendu, divisé, accompagné d’une parole libérée sur la façon de voir l’autre, permise par une dédiabolisation des idées du Front National, cette fiction politique est tout à fait crédible – en tout cas jusqu’à un certain point – documentée, avec des variables économiques, sociétales et institutionnelles qui ont été analysées de façon cohérente.

Il y a trois points de vue :

  • Le peuple, incarné par une famille composée de la grand-mère, Antoinette (une résistante), ses deux petits-fils Tariq et Stéphane, et la locataire de la grand-mère, Fati, qui a une carte de séjour depuis ses dix ans.
  • Les médias, au travers des émissions politiques et journaux télévisés.
  • Le pouvoir, dans le bureau présidentiel à l’Elysée.

La BD est découpée en plusieurs parties : l’élection, la constitution du gouvernement et les élections législatives, les premières mesures, les premiers résultats, puis les clivages… et tout se passe grosso modo sur la première année de mandat, jusqu’en février 2018. On retrouve des figures de droite modérée rejoindre les rangs du FN. Marine Le Pen constitue un exécutif qui peut plaire au plus grand nombre.

Et donc, petit à petit, le FN s’installe, verrouille les médias, muselle les artistes, s’appuie sur des faux prétextes pour justifier des mesures illégales. Le parti applique son programme : la priorité nationale, les mesures anti-immigration qui passent notamment par la remise en question de Schengen et la libre-circulation des personnes, la sortie de l’Euro pour le retour au Franc, le désengagement des organisations internationales qui passent par une rupture avec les alliés historiques pour créer de nouveaux accords avec ce que l’on peut aisément qualifier de dictatures déguisées.

La France se retrouve transfigurée, à l’intérieur comme « en vitrine ». Il y a bien une résistance, mais la haine envers l’autre transparaît clairement, comme si les êtres humains ne pouvaient simplement pas se comporter en êtres humains et respecter l’autre comme ils aimeraient être respectés. On retrouve ces idées selon lesquelles il y aurait une différence entre les Français (comprenez ici les blancs, ou de type européen, je ne parle pas de la nationalité) et les étrangers (comprenez les personnes qui ont des origines ethniques autre qu’européennes, pouvant par ailleurs être de nationalité française), une différence anatomique et intellectuelle, des idées selon lesquelles la religion est obligatoirement « attachée » à l’origine ethnique, des idées selon lesquelles un être humain peut avoir une valeur supérieure ou inférieure à un autre, bref, des incongruités de toutes sortes.

Bien sûr, le FN arrive à mettre en place son programme, mais les conséquences qui avaient été prévues par les experts et ignorées par le parti ont quand même lieu, notamment sur la sortie de l’Euro qui implique de mauvais résultats « mécaniques » : pas besoin d’être économiste pour le comprendre, le Franc ayant une valeur moindre par rapport à l’Euro, les importations plombent l’économie, trop pour être rattrapées par des exportations boostées. Les entreprises ont une dette calculée en Euro, donc même problème puisque pour avoir un Euro, il faut plus d’un Franc. Les grèves, les révoltes des résistants au FN, pas si minoritaires que ça finalement, provoquent un véritable clivage dans la société, frôlant la guerre civile.

Au-delà de l’histoire d’Antoinette, de Fati et de Steph et Tariq, là où la fiction entre en jeu, mais dans un contexte qu’on l’on connaît, c’est lorsqu’un groupuscule autrement plus extrémiste que le FN entend forcer le pouvoir à revenir à son radicalisme d’antan, faisant appel à un stratagème digne d’un thriller. C’est cette partie très romancée qui m’a un peu déstabilisée : je comprends qu’il faut enrober le récit, mais certaines conversations privées et certains éléments de l’histoire sont difficiles à avaler. L’histoire de simples citoyens aurait suffit. J’ai un peu regretté les quelques fautes repérées ici ou là (Mélanchon par exemple, ça lui ferait plaisir), d’autant qu’à la fin, les auteurs indiquent que Bescherelle peut aller se rhabiller. Oups, loupé, mais ça m’a fait rire.

Sur les mécanismes de l’arrivée au pouvoir du Front National, je suis bien sûr plus inquiète. Le FN a une communication presque parfaite, qui arrive à faire passer des idées qui impliquent que les personnes de nationalité française, blanches, et catholiques valent plus que les autres, comme tolérables. Le FN a créé des problèmes, des craintes et des incertitudes là où il n’y en avait pas. Le FN a fait exactement ce qu’a fait le capitalisme (à l’origine de la mondialisation, abhorrée par le FN) : il a créé du besoin là où il n’y en avait pas. Il est facile ensuite, en travaillant les discours pour ne pas paraître haineux ni discriminant, de séduire à la fois en terrain fertile ET des personnes qui petit à petit vont trouver normal de se considérer comme supérieures à leur voisin. Quand je dis que la communication c’est un métier ! 😉

Bien sûr que je pense que le FN risque de passer. Aujourd’hui tout le monde est tellement individualiste (il faudrait que les transports en commun fassent du porte à porte, et il faudrait que quand Madame arrive en face sur le trottoir, tout le monde se pousse pour la laisser passer elle et son chien, normal quoi, la base, après tout c’est la reine d’Angleterre non ?). On ne sait plus faire de compromis, on ne sait plus entendre l’histoire des autres, on ne sait plus se souder. Et pourtant, malgré les taxes, malgré les attentats, malgré les dysfonctionnements évidents des services publics, et bien on a droit à la santé, à l’éducation, et oui je le dis, à la sécurité. Bien sûr il y a des SDF, bien sûr il y a des burn-out au travail, bien sûr… bien sûr. Mais il me semble qu’on est mieux lotis qu’en Syrie, qu’en Irak, qu’en Palestine ?

Bref, cette BD, elle m’a rappelé encore plus violemment que l’homme est un loup pour l’homme. Quel espoir ? Demain, le Front National sera au pouvoir, après-demain, chacun sera dispatché dans tel ou tel pays selon ses résultats ADN d’origine ethnique et dans une semaine, on rétablira l’esclavage. Au secours.

Bon, encore une fois je n’ai pas vraiment fait un bilan digne des chroniques les plus intéressantes de la blogo mais tant pis, ce sera mon style d’article ! 🙂

Verdict : paradoxal. Crédible avec passages « capillotractés » 🙂 

Je continue sur ma lancée avec Eric-Emmanuel Schmitt et Ulysse from Bagdad. Il est plus facile de s’y remettre avec des auteurs familiers… Mais après ce nouveau récit encore bien triste, je passerai à un feel good, sinon je vais faire une dépression !

 

Alors, que lisez-vous en ce moment ?

 

A très vite !

Imagimarion

 

Publicités

2 réflexions sur “#20 La Présidente

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s